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#3. Grandeur et décadence
J'ai testé: "Passer la seconde... Et faire tomber ma moto."
Forte de ma première expérience globalement positive, on remet ça le week-end suivant. Je suis ultra motivée. Bon, en plus mon cours a lieu la semaine suivante et je veux absolument avoir réussi
à passer la seconde avant d'y aller (histoire d'apprendre des trucs vraiment utiles qui valent les 92 euros que j'ai déboursés pour mes deux heures de cours...).
Encore une fois, c'est Musclor qui s'y colle (il a revêtu son costume de MIS pour l'occase) et qui grimpe sur ma mobylette, essayant sans succès de se planquer derrière la bulle pour ne pas être repéré.
Cette fois-ci, j'ai prévu non seulement des plots, mais aussi des craies, pour que mon motard puisse me tracer des parcours de dream sur le bitume.
On reprend les basiques (monter sans faire tomber la moto, enlever la béquille sans s'y reprendre à quinze fois, ne pas oublier de tourner la clé et d'appuyer sur le bouton, ne pas caler au démarrage, tout ça tout ça...). J'arrive à tout faire nickel, même si j'avoue que j'ai les mains moites et la gorge bien sèche. Pour le début je redemande à mon MIS de me tenir, mais rapidement je reprends mes marques. En moins de deux je me retrouve à arpenter le parking comme une vieille routarde. Bon, en première certes, mais faut bien commencer hein!
Pendant ce temps-là, Musclor s'applique à me dessiner de grosses flèches sur le sol. Grosso modo, il compte me fait faire un 8 qui se déroule comme suit:
Départ à la ligne rouge, suivi des flèches 1 et 2 pour passer autour de l'arbre, puis des flèches 3 et 4 pour passer autour du plot, etc, ad vitam aeternam s'il le faut.
On commence par réviser les arrêts et les démarrages. Je cale souvent car je n'arrive pas à accélérer en même temps que je lâche l'embrayage. Donc je lâche tout doucement l'embrayage, et j'accélère seulement quand la moto est lancée. Le truc c'est que je lâche souvent trop vite la poignée donc je cale... Ca m'énerve!!
Une fois que j'en ai marre de caler, je teste le parcours de la mort sorti de la diabolique imagination de mon MIS (inventer un 8 fallait vraiment être diabolique, à défaut d'être imaginatif).
Ca passe bien autour de l'arbre (demi-tour à droite), beaucoup moins bien à gauche, autour du plot. A chaque fois je suis obligée de sortir (gracieusement) les pieds sinon je manque de tomber. En vrai, ça manque vraiment d'élégance vu que je sors les pieds en catastrophe pour éviter de me croûter lamentablement. Je dois avoir l'air d'un caneton qui essaie d'apprendre à voler... Pathétique mais bon, l'aisance naît de la pratique, il paraît. Au fur et à mesure, je parviens à faire quelques demi-tours à droite sans poser le pied. A gauche, c'est toujours la cata. Je commence à fatiguer, quand tout à coup... C'est le drame!
J'arrive à l'entrée de ce phoquing demi-tour à gauche, je m'y prends mal et je vois qu'il va être trop large, donc je pile alors que mon guidon est tourné (je ne savais pas encore qu'on pouvait se servir de l'embrayage), la moto commence à basculer et j'atteins ce que j'appelle aujourd'hui le "point de non-retour".
Une petite définition s'impose ici. Le point de non retour, c'est ce point, au delà duquel on ne peut plus retenir la moto car on est emporté par son poids... Y a plus qu'à la regarder, impuissant, basculer et se rayer et/ou se casser.
Je regarde donc, impuissante, la moto basculer tout en prenant le soin de retirer instantanément mon pied du dessous (ce qui se traduit par un énorme bond sur le côté). Le bruit est horrible, je m'en veux à mort!
Je reste, interdite, devant la moto couchée sur le sol. Je hulule d'une voix blanche pour appeler au secours mon MIS (c'est pas son taf d'empêcher ça normalement?). Il arrive en courant et redresse la moto en moins de deux (c'est que ça aide un Musclor dans ces cas-là).
Bilan: un rétro pété. Ca aurait pu être pire, y a même pas une rayure.
Je pleure quand même (je suis une fille, j'ai le droit de pleurer). Je retire mon casque, à cause de la buée des larmes... Mmmh, j'ai eu bien chaud, je suis rouge comme une tomate (alors que j'ai même pas de coup de soleil, pour une fois), j'ai les cheveux tout collés, c'est du sport!
J'essaie de me remettre de mes émotions. Je me dis que je suis trop naze, que j'y arriverai jamais...
D'ailleurs je le dis à Musclor aussi, histoire qu'il en profite, y a pas de raison! Je lui dis donc que je ne suis qu'une merde qui n'arrivera jamais à rien, que je ne suis pas faite pour la moto, que je suis tellement nulle que je fais tomber une moto de 120 kilos, que donc forcément j'y arriverai jamais avec une moto de 180 kilos tellement je suis nulle. Et moche. Et grosse. Tout ça pour qu'il me dise le contraire bien sûr. A ce moment précis, mon moral a fortement besoin d'être remonté, que dis-je hissé, hors du gouffre sans fond dans lequel il vient d'être précipité.
Evidemment, Musclor me regarde d'un air à la fois désintéressé, blasé, dubitatif et cynique (y a que lui qui arrive à faire ça). Il ne me prodigue absolument aucune parole de réconfort, se contentant de me répéter: "Tu vas vraiment abandonner?"
Il m'énerve tellement que je réenfourche la bête. C'est comme avec les chevaux: Quand on tombe, il faut remonter. Je repasse une fois le huit de la mort (en sortant les pieds) puis m'enhardis et repars faire un tour dans le parking. Je décide de finir sur une note positive en sortant de la zone dans laquelle je me suis cantonée jusque là. Je vais dans une deuxième partie du parking, un peu plus grande, dans laquelle les voitures peuvent venir. Je veux me confronter à la réalité de la route quoi... Bon okay, c'est dimanche soir et le supermarché est fermé, mais bon fallait oser... non?
Bref, je slalome entre les caddies, les trottoirs, les arbres... Passe d'une zone du parking à l'autre... Et je me dis qu'il faut absolument que je finisse sur un truc positif. Je me dirige vers la seule et unique ligne droite du parking, prenant mon courage à deux mains.
Je stoppe en début de ligne droite, seule sur ma moto, face au soleil couchant.
Je fais ronfler le moteur (interdiction de rigoler), me remémore tous les trucs à faire, démarre sans caler, accélère, accélère encore, accélère toujours, tandis que la fin de la ligne droite se rapproche à une vitesse surhumaine (environ 23km/h), merde qu'est-ce qu'il faut faire déjà, mardemardemarde (mon cerveau est bloqué à cause de la panique) ah ouais c'est vrai, lâcher la main droite, serrer le levier de la main gauche, pied gauche vers le haut, lâcher la main gauche, reprendre la poignée droite... CA Y EST J'AI PASSE LA SECONDE!!
Certes, il y a eu un temps d'environ 5 secondes entre le moment où j'ai débrayé et celui où j'ai réaccéléré, certes ça manquait de fluidité mais je l'ai fait! Bon par contre du coup ça va super vite et toute à ma joie d'avoir réussi à passer ma vitesse, je n'avais pas vu que le trottoir de rapprochait à grands pas... Il va falloir tourner sans se gaufrer! Deux secondes plus tard, c'est chose faite, et je reviens vers Musclor, un sourire-banane vissé aux lèvres. Je pile devant lui, en seconde, je trifouille pour retrouver le point mort, lâche l'embrayage, retire mon casque et annonce:
"- J'ai passé la seconde
- Ben tu vois qu't'es pas nulle!"
Plus que 3 jours avant le cours!!
* Points importants à retenir *
* Il ne vaut mieux pas piler lorsque le guidon n'est pas droit, et encore moins s'il est en butée. Sinon, la moto tombe. Et si elle tombe... T'es dans la marde vu que t'as ni la force, ni la technique pour la relever.
* Le guidon en butée, ça veut dire que le guidon est tourné au maximum de ses possibilités, dans un sens ou dans l'autre.
* Pour ne pas caler au démarrage, il faut à la fois relâcher très doucement le levier d'embrayage et donner une petite accélération. Comme en voiture quoi. Sauf que c'est une pédale (pas la voiture, le levier).
* Ca ne sert à rien de compter sur un mec pour vous remonter le moral quand vous faites un truc nul. Mais ils sont utiles pour vous aider à relever la moto (que vous venez de faire malencontreusement tomber).
* Le sélecteur, c'est ce qui est placé devant le cale-pieds gauche.
Pour rétrograder (ainsi que pour passer la première), on appuie dessus avec le pied.
Pour monter les rapports il faut glisser la pointe de pied dessous et le pousser vers le haut.
* Pour passer la seconde il faut
Lâcher la poignée d'accélérateur (droite) et simultanément presser le levier d'embrayage (gauche)
Mettre le pied gauche sous le sélecteur et pousser fort vers le haut.
Lâcher le levier d'embrayage et reprendre l'accélérateur
* Il est toujours totalement interdit de s'entraîner sur un parking.
moi non plus j'aime pas le bruit de la moto qui tombe...
;)
Ben écoute dès que j'ai les finances, je... repasse mon code!! Mais ça va pas tarder car j'ai déjà fait 1000 bornes avec la 125 et franchement...
Bravo pour le passage en seconde!!!
Tu nous raconteras ton premier cours!!
Bizzzzzzzzzzzzzzz
grobzzz copine!!
Ben ça avance pas à pas (enfin ça a eu avancé
)...
!
Moi non plus, le bruit de la moto qui tombe au sol, ça ne me plait pas, surtout quand c'est à grande vitesse... un bruit qui définitivement ne me plait vraiment pas
Vivement le parcours rapide ! gazzzzzzzzzz
j'ai bcp aimé, encore!
bisous à mercredi poulette!
A jeudi ;)
a chaque fois suis morte de rire, c'est cool !
et au fait, t'es pas nul, l'aisance vient de la pratique ! c'est TOI qui l'a dit !!!
c'est excellent et je saurais te le ressortir
Merci beaucoup en tous cas de m'encourager ^^
(La vraie phrase c'est : "L'aisance que confère une longue pratique..."
Bzzzzzzzzz
A jeudi ;)
Merci de t'être lancée alors!
... Donc t'as
bien fait!
Vos coms, c'est ce qui me motive pour continuer, qui me donne un peu plus confiance en mon écriture
J'ai pas trop le temps pour le forum en ce moment mais je viendrai y traîner pendant les vacances, histoire de prendre des nouvelles de vous toutes!
C'est super gentil de ta part d'avoir pris le temps en tous cas...
Bzzzzzzzz
Moi je me souviens pas de ma chute ni de son bruit, et heureusement finalement...
Amitié motarde
En même temps, moi je tombe 20x par an alors bon... j'ai pas le temps d'oublier... Je vais mettre des roulettes.
De fins psychologues !
Un rétro, c'est pas grave, dis toi que tu casseras ptete un ou 2 leviers de frein/embrayage d'ici à ce que tu ais le permis
(Et tu verras le point de non retour tu le reculeras de plus en plus ! Moi même j'ai réussi à remonter bibiche en plein carrefour alors que je la voyais déjà par terre ! Alors que mon mec m'avait lâchement abandonnée sans se retourner pour voir si je suivais...)
Tu verras (et tu le sais déjà !) la moto c'est vraiment de bons moments en perspective
Je vois que ton mec est aussi plein de sollicitude que le mien, ça fait chaud au coeur!
Carrément ok avec ton point de non retour, j'ai réussi à la récupérer de justesse y a pas longtemps, j'ai cru que c'était foutu et je me suis bousillé la jambe mais au moins elle est pas tombée!! (devant une de mes anciennes élèves, ça a du jouer, ça et le cri surhumain que j'ai poussé pour l'engueuler - la moto- genre NAOONNN! loool)